Quel décalage ! Le chômage augmente. La croissance ne cesse de chuter. La moitié des Français ne part pas en vacances. Nicolas Sarkozy annonce qu’il va poursuivre à marche forcée ses «réformes». Le moral de nos concitoyens est en berne et le mécontentement est profond. Pendant ce temps, les dirigeants socialistes s’engluent dans la préparation du congrès de Reims !
[article dans Libération du 12 août, par les députées Ps MN. Lienemann, J. Mallot, A. Ferreira et par E. Maurel et P. Quilès, responsables socialistes]
Les militants sont déboussolés, les sympathisants déçus, le peuple de gauche circonspect, voire quelquefois en colère. Plébiscité localement, le PS stagne nationalement. Il peine à incarner une opposition déterminée à Sarkozy. Il ne parvient pas à relayer efficacement les aspirations de sa base sociale et paraît peu crédible comme force de transformation sociale. Pire encore, au moment où le système craque de partout, certains de ses dirigeants semblent découvrir les vertus de l’économie libérale et du marché.
A cela s’ajoute l’exaspérant «feuilleton» socialiste de l’été, fait de petites intrigues, de mini rebondissements, de «téléphones qui chauffent», d’alliances de dernière minute. L’heure est, dit-on, à la recherche de «mini-synthèses». «Mini» : le terme est pertinent tant les textes proposés ressemblent à un sympathique enfilage de perles. Leur ligne : «Dorénavant, c’est comme avant»
Créer un «parti socialiste cohérent et solidaire», susciter une «dynamique de changement», «préparer une véritable alternative», vouloir une «une mutation politique maîtrisée», «être à la hauteur des défis du socialisme moderne dans la mondialisation». Qui au PS refuserait d’adhérer à cette sorte de minimum socialiste garanti ? Le problème – et il est de taille — c’est qu’aucune réponse n’est apportée aux insuffisances qui sont la cause depuis des années de nos défaites successives aux élections nationales.
Ce rassemblement sur des bases minimales, simple redistribution des cartes entre les mêmes mains, risque de devenir un scénario catastrophe. Il est indispensable de proposer pour le congrès de Reims une autre voie, fondée sur une nouvelle dynamique unitaire, tant entre socialistes qu’avec toute la gauche, sur un renouveau des analyses, des pratiques et des propositions, autour d’objectifs de transformation profonde d’un système en crise. Pour nos concitoyens, «changer la vie» n’est pas un slogan vide de sens, parce qu’ils n’en peuvent plus de subir des injustices criantes, des reculs sociaux mais aussi de ne pouvoir espérer.
Comment ne pas voir que la victoire future passe d’abord par la reconquête idéologique, indispensable tant les promoteurs du libéralisme se sont échinés à disqualifier toute remise en cause, toute recherche d’une autre politique. Une partie de la gauche européenne a malheureusement laissé croire que la politique n’était désormais qu’un arbitrage entre deux pragmatismes au sein d’un système incontestable. Renouer avec le combat pour la transformation sociale, c’est remettre en cause le libre échange généralisé, réorienter la construction européenne, défendre un retour efficace de l’intervention publique, inventer un nouveau compromis social favorable au monde du travail : face à l’urgence sociale et écologique, les remèdes homéopathiques ne suffisent plus.
Mais le succès électoral se bâtit aussi autour d’une stratégie claire. L’alliance au centre est une impasse, le cartel électoral de la gauche de gouvernement est insuffisant. Ce qu’il faut, c’est une nouvelle étape de l’unité de la gauche. Tout plaide aujourd’hui pour la préparation d’un parti de toute la gauche qui fédère les partis existants (PS, PC, Verts, MRC, PRG....) et surtout qui crée un mouvement d’entraînement de celles et ceux qui, de plus en plus nombreux, ne se reconnaissent pas dans le paysage actuel de la gauche.
La réalité est que le neuf ne peut venir que de la gauche et des forces contestatrices souvent portées par la jeunesse, que notre parti a trop souvent anesthésiées. Elles ne pourront peut-être pas relever seules le défi, mais, sans elles et sans le nouveau cap stratégique, celui de l’unité de la gauche, sans des propositions qui rompent avec l’accompagnement du libéralisme et du capitalisme financier, demain sera comme aujourd’hui.
La gauche n’a pas disparu. Contrairement à une partie de ses dirigeants prompts à traquer «l’archaïsme» et tentés par le renoncement, des millions d’hommes et de femmes continuent de croire en l’actualité de ses valeurs, à la pertinence de sa grille de lecture de la société, à sa mission historique, à ses luttes.
Les guerres picrocholines entre prétendants socialistes ne sauraient longtemps cacher le fait que ceux qui s’affrontent n’ont pas vraiment décidé d’incarner une vision d’avenir et qu’aucun leader ne s’impose de façon évidente. C’est probablement la raison pour laquelle ils tentent d’accréditer la thèse selon laquelle la «gauche du PS» serait totalement hors jeu. Cette affirmation est aussi peu fondée que celle concernant la prétendue disparition de la gauche dans le paysage politique français et elle risque de conduire aux mêmes impasses.
Celles et ceux qui ont déposé, en vue du congrès de Reims, des contributions souvent convergentes sur des choix clairement de gauche ont une responsabilité particulière. Ils ne doivent pas sous-estimer leur influence et montrer leur volonté de rassembler, pour que le PS sorte de son enlisement et qu’il adopte une stratégie capable de remettre la gauche en mouvement./.